Le mot, et d'où il vient
Rêver a d'abord voulu dire divaguer
Le substantif est tiré du verbe, et le verbe vient de l'ancien français resver, qui ne désignait pas le sommeil : il disait l'errance, le vagabondage, puis le délire. Le sens onirique est le dernier arrivé. Cette couche ancienne n'a rien d'une curiosité : elle explique que le même verbe serve encore à dire une rêverie éveillée, un projet et un désir, et qu'une demande portant sur le rêve soit équivoque dès son premier mot.
Cauchemar : presser, et le fantôme qui presse
Le mot est double. Son premier élément vient d'une forme dialectale signifiant fouler, presser, peser sur. Son second est emprunté au moyen néerlandais mare, qui nomme le fantôme nocturne venant oppresser le dormeur. Le mot décrit donc une pression subie, pas une image vue — et c'est déjà, dans une étymologie, la distinction que les classifications modernes retiendront : le cauchemar se définit par son effet sur celui qui dort.
Le mécanisme, et les travaux qui l'ont nommé
1953 : les mouvements oculaires rapides
Eugene Aserinsky et Nathaniel Kleitman publient dans Science, en 1953, l'observation de phases de mouvements oculaires rapides pendant le sommeil, et le constat que les dormeurs réveillés durant ces phases rapportent bien plus souvent un récit. Le lien ainsi établi est statistique et porte sur le souvenir rapporté, pas sur le contenu du songe.
1959 : le sommeil paradoxal, nommé à Lyon
Michel Jouvet décrit à partir de 1959 un état qu'il nomme sommeil paradoxal : l'activité cérébrale y ressemble à celle de l'éveil tandis que le tonus musculaire s'effondre. Le nom est resté en français, et il porte en lui la raison pour laquelle on ne peut pas définir le rêve par le sommeil : un état précis a été identifié, mais le récit ne lui est pas propre.
1977 : une hypothèse sur la fabrication du récit
J. Allan Hobson et Robert McCarley proposent, dans l'American Journal of Psychiatry en 1977, que le récit onirique soit la mise en ordre d'une activation venue du tronc cérébral plutôt qu'un message construit. L'hypothèse est datée, elle a été contestée, et elle n'est citée ici que pour ce qu'elle change dans la question : elle déplace le problème du sens vers la fabrication.
2000 : la simulation de la menace
Antti Revonsuo avance, dans Behavioral and Brain Sciences en 2000, que le songe simulerait des situations de danger. Cette proposition porte sur une classe de récits — être poursuivi, tomber, échapper à quelque chose — et non sur leur signification individuelle. Que signifie rêver d'être poursuivi reçoit donc, dans ce cadre, une réponse de catégorie et pas une réponse de sens, ce qui n'est pas la même chose et déçoit souvent.
Trois définitions qui ne se recouvrent pas
Le cauchemar, et la terreur nocturne
Les deux sont confondus dans l'usage courant et séparés dans la nosographie du sommeil. Le cauchemar survient dans les phases à mouvements oculaires rapides, le dormeur se réveille et garde un récit. La terreur nocturne survient en sommeil profond, elle s'accompagne d'une agitation parfois spectaculaire, et il n'en reste généralement aucun souvenir. Une définition du cauchemar qui porterait sur l'image vue manquerait cette distinction, qui repose sur le moment et sur le souvenir.
Le rêve lucide, nommé en 1913 puis éprouvé
Le terme est dû au Néerlandais Frederik van Eeden, qui l'emploie en 1913 pour les songes où le dormeur sait qu'il rêve. Il est resté longtemps invérifiable, puis Stephen LaBerge a montré au début des années quatre-vingt qu'un dormeur en cette phase pouvait émettre des signaux oculaires convenus à l'avance. C'est le seul élément de cette page où une expérience tranche, et elle tranche sur un point étroit : la conscience de rêver, pas le contenu du rêve.
Le rêve qui se réalise : un nom, pas une mesure
Comment s'appelle un rêve qui se réalise : on l'appelle prémonitoire, et le mot n'ajoute rien à la connaissance. Aucune des sources datées de cette page ne propose de protocole permettant d'éprouver une annonce, et le traité d'Artémidore, qui triait pourtant les songes porteurs d'avenir des autres, n'en proposait pas davantage. La nomenclature existe ; la mesure n'existe pas, et il faut le dire plutôt que laisser le nom tenir lieu de preuve.
Les rêves les plus fréquents, et le corpus qu'ils supposent
Une liste des rêves les plus fréquents demande un recueil de récits datés. Il n'en existe pas ici : les douze pages qui alimentent ce site sont des pages de vente. Aucune liste n'en sortira, et savoir ce que signifie rêver d'un déménagement ou de toute autre scène précise sort du même coup de sa portée, faute du récit et de son contexte.
Les six services de cette rubrique, et la définition qui manque
La moitié du carnet est rangée ici, et c'est un effet de la méthode : ces six services sont ceux dont les pages s'étendent sur des explications générales plutôt que sur une offre étroite. Trois publient des montants, trois n'en publient aucun. Deux déclarent couvrir la France, un déclare Paris, trois ne déclarent aucun périmètre. Deux disent quelque chose du temps, l'un par une ouverture continue, l'autre par une mise en relation sans attente. Aucun des six ne chiffre son délai de réponse.
Et aucun des six ne définit le rêve. Le mot ne figure dans aucun de leurs intitulés, les trois acceptions séparées plus haut n'apparaissent dans rien de ce qui a été consigné, et ce n'est pas un reproche : ces pages vendent une consultation, pas un article de dictionnaire. Le constat vaut surtout pour ce qu'il dit du carnet lui-même — il est seul à poser ces questions, et il ne peut pas les faire poser aux pages qu'il lit.
Le relevé porte sur les pages publiques, et sur elles seules. Les cinq lignes sont posées dans le même ordre pour tous les services, sans notation, sans classement, sans barème. Une case vide est une information absente du site, pas un manquement constaté. La justesse d’une lecture ne figure dans aucune ligne, faute de pouvoir s’observer.