Le mot gratuit, et les deux choses qu'il recouvre
L'entrée offerte n'est pas la prestation offerte
Un premier emploi désigne l'accès : une mise en relation sans frais, une première minute, un formulaire sans paiement. Un second désigne la prestation elle-même, rendue sans contrepartie. Les deux s'écrivent avec le même mot et ne promettent pas la même chose. Aucune des deux pages de cette rubrique ne précise lequel des deux sens elle emploie, et c'est la seule précision qui aurait de la valeur pour le visiteur.
Sans carte bancaire ne veut pas dire sans frais
La description de l'un des deux services porte une mention d'absence de carte bancaire. C'est un troisième sens, distinct des deux précédents : il porte sur le moyen de paiement, pas sur son existence. Une prestation réglée par un autre canal reste une prestation réglée. Le rapprochement des trois formulations montre que le champ lexical de la gratuité sert ici, pour l'essentiel, à décrire la façon d'entrer en contact.
Aucune des douze pages ne borne son offre sans frais
Sur l'ensemble du carnet, pas une page n'indique le nombre de questions couvertes par une offre offerte, sa longueur, ni les sujets qu'elle exclut. Ce silence est à rapprocher de l'autre, le plus constant des douze : aucune des douze ne chiffre son délai de réponse. Qui cherche une interprétation sans frais tombe donc sur une promesse dont ni l'étendue ni l'échéance ne sont écrites.
Les deux pages, et ce qui les oppose
Huit montants, d'un euro quarante à cent quarante-quatre
La première page affiche huit montants et déclare une ouverture continue. Du premier au dernier des huit, le rapport est de cent : à cette amplitude, les deux extrémités ne tarifent pas le même objet, l'un se comptant à la durée et l'autre au travail rendu. La page ne dit pas lequel est lequel. Cinq canaux de contact sont consignés pour elle, et aucune marche à suivre n'a été notée dans ses titres intérieurs — c'est le seul cas du carnet où cette absence ait été relevée pour elle-même.
Aucun montant, et une mise en relation immédiate
La seconde page ne porte aucun chiffre. Elle annonce une mise en relation sans attente et six canaux, dont la prise de rendez-vous. Son absence de prix se lit d'une façon particulière dans cette rubrique : une page qui se présente par la gratuité et ne publie aucun tarif ne contredit rien, mais elle ne permet pas non plus de savoir à partir d'où l'on paie. Le passage du sans-frais au payant est précisément ce qu'aucune des deux ne situe.
L'immédiateté, promesse d'accès et non de réponse
Deux formulations du carnet portent sur l'instant : la mise en relation immédiate et l'ouverture continue. Les deux concernent le moment où l'on joint quelqu'un. Aucune ne concerne le moment où l'on reçoit quelque chose. Pour une demande écrite — raconter un songe, attendre une lecture — la distinction est entière, et c'est la seconde moitié qui manque partout.
Ce qui ne coûte rien et n'est pas un service
Le carnet tenu au réveil
Le seul matériau qu'une lecture de songe exige est le récit du songe, et il s'écrit au réveil parce qu'il s'efface vite. La pratique n'est pas une idée moderne : Mary Whiton Calkins fonde là-dessus l'étude qu'elle publie dans l'American Journal of Psychology en 1893, en notant ses propres rêves et ceux d'un second sujet nuit après nuit. Ce que coûte ce procédé est nul et ce qu'il produit — un corpus daté, avec son contexte — est exactement ce dont aucune des deux pages de cette rubrique ne dispose.
Les textes de référence, sortis du droit d'auteur
L'Onirocritique d'Artémidore de Daldis date du deuxième siècle et circule librement. Sigmund Freud est mort en 1939 ; le texte allemand de L'Interprétation du rêve, paru en 1900, n'est plus protégé, ce qui n'est pas vrai des traductions françaises récentes, qui le sont au titre du travail du traducteur. Qui cherche à interpréter ses rêves sans rien payer dispose donc déjà des deux sources que les sites payants citent le plus souvent.
Un livre pour interpréter vos rêves : lesquels existent réellement
Deux ouvrages sont régulièrement nommés et ils ne font pas le même travail. Celui d'Artémidore est un recueil de cas rapportés, organisé par situation du rêveur. Celui de Freud, en 1900, propose une méthode : distinguer le récit tel qu'on se le rappelle de ce qu'il recouvrirait, et refuser la lecture directe de la scène. Il existe aussi L'Homme et ses symboles, de Jung, en 1964, qui est sous droits. Aucun de ces trois livres ne contient la table de correspondances que l'on cherche en général dans un livre de rêves.
Aucune inscription préalable, sur les douze
Un point réunit positivement les douze services du carnet, et c'est le seul : pas un ne réclame d'ouvrir un compte pour poser sa première question. Le fait a sa place ici parce qu'il touche au coût d'entrée autrement que par le prix. Ouvrir un compte engage des données personnelles, parfois un consentement commercial, et ce n'est pas rien même quand aucun montant n'est réclamé. Sur ce point précis, l'ensemble des douze se tient du bon côté, et il faut le noter avec la même constance que les silences relevés plus haut.
Conduire une voiture, porter un enfant : deux demandes sans entrée
Le contexte, que la table de correspondances supprime
Savoir ce que signifie conduire une voiture dans un songe, ou voir une femme enceinte, revient à demander une entrée de dictionnaire. Ce carnet n'en tient pas, et la raison est la même pour les deux. Qui conduisait, où, dans quel état, avec quel sentiment au réveil : ces éléments appartiennent au récit et ils changent la lecture, selon les deux auteurs cités plus haut. Une entrée fixe les supprime tous et conserve la seule chose qui ne renseigne sur rien, l'objet apparu.
Les rêves les plus fréquents, et l'absence de corpus
La question des rêves les plus fréquents revient sans cesse et appelle une réponse chiffrée. Une réponse chiffrée demande un recueil de récits, construit comme celui de 1893. Ici, on ne dispose que de douze accueils de prestataires. Aucun palmarès de songes ne sort donc de ce site, et dire pourquoi vaut mieux que recopier une liste dont on ne connaîtrait pas la provenance.
Les bornes de cette rubrique
Deux pages ne font pas un échantillon, et les comptes donnés sur l'ensemble des douze reposent sur six points favorables au plus par service : une mention qui n'apparaît pas n'est pas pour autant absente de la page. Les deux services rangés ici ont été lus une seule fois, sur leur accueil seul, un jour donné.
Il faut ajouter une réserve sur le mot gratuit lui-même, puisque c'est lui qui range ces deux pages ensemble. Le rattachement vient du vocabulaire consigné à leur sujet, pas d'une offre formulée en bonne et due forme : ni l'une ni l'autre ne déclare, dans la ligne qui dit ce qu'elle fait, vendre ou offrir une lecture de songe. Un visiteur venu chercher une interprétation sans frais doit donc tenir ce rapprochement pour ce qu'il est : une décision de lecture, prise ici, sur des pages qui parlent d'autre chose.
Ce que la lecture ne peut pas établir tient en une phrase : aucun des deux services n'écrit ce que son offre sans frais comprend, et rien dans ce qui a été consigné ne permet de le déduire. Une page qui ne chiffre rien et une page qui chiffre huit fois aboutissent ici au même résultat, ce qui est le constat le plus utile de cette rubrique et aussi le plus décevant.
Le relevé porte sur les pages publiques, et sur elles seules. Les cinq lignes sont posées dans le même ordre pour tous les services, sans notation, sans classement, sans barème. Une case vide est une information absente du site, pas un manquement constaté. La justesse d’une lecture ne figure dans aucune ligne, faute de pouvoir s’observer.